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Thématiques de recherche

LA RECHERCHE À LA CHAIRE UNESCO DE BIOÉTHIQUE DE
L’UNIVERSITÉ ALASSANE OUATTARA 

La Chaire Unesco de Bioéthique se veut résolument engagée pour le développement. L’attelage de la bioéthique et des sciences sociales au sein de cette Chaire s’inscrit dans cette logique. Cette spécificité trouve sa justification dans le besoin d’une meilleure compréhension des transformations sociétales afin que les réponses proposées par la recherche soient suffisamment éclairées, par les principes de la bioéthique. Une telle spécificité inscrit la Chaire dans une perspective fortement développementaliste. En conséquence, elle s’efforce, par la recherche, la formation et l’expertise, de promouvoir le respect des principes bioéthiques dans les espaces de définition et de mise en œuvre des politiques publiques.
Elle n’exclut pas pour autant la recherche en éthique fondamentale.
Les activités de recherche de la Chaire sont organisées autour de neuf programmes en recherche appliquées et trois programmes en recherche fondamentale.
Une revue internationale dénommée RIFEB (Revue Internationale Francophone d’Ethique et de Bioéthique) sert de moyen de vulgarisation de ces recherches.

RECHERCHE APPLIQUÉE

Le programme international de recherche Villes Sûres et Inclusives, co-financé par le CRDI du Canada et le DFID du Royaume Uni, a été implémenté en Côte d’Ivoire sous le thème : « Phénoménologie de la violence criminelle et défis pour la gouvernance locale urbaine en Côte d’Ivoire ». Conduit par une équipe de 9 chercheurs, il avait pour objectif de comprendre l’évolution des formes, des causes et des stratégies de résilience des populations défavorisées. Les résultats montrent que cette violence et de leurs logiques, ainsi que des stratégies de résilience des populations défavorisées. Les résultats montrent que cette violence évolue et accroît le sentiment d’insécurité collective. Elle est portée par des criminels dont l’âge est en baisse (vers 10 ans) et est favorisée par l’approfondissement de la pauvreté et la marginalité sociale. Ces résultats ont fait l’objet de publications scientifiques et surtout d’un film documentaire intitulé « Parole aux Microbes », accessible en ligne via l’URL : https : //www.youtube.com/watch ?v=c8YQZnmmm1U

Source de financement : CRDI / DFID

Equipe : Francis Akindès, Walter Kra, Marcelline Soro, Jérôme Kouakou, Raphaël Oura, Félicien Kouamé, Lucie Ngoran Koko, Idriss Porna-Traore  

            Ce programme se poursuit sur le volet éthique avec la thématique suisvante : Phénomène des « microbes » en Côte d’Ivoire : Approches éthiques des politiques sécuritaires.

Chercheurs : Grégoire Traoré, Tiéba Karamoko, Falouko Dosso

Dans un contexte ivoirien d’insécurité alimentaire des ménages, de forte prévalence de l’anémie infantile (69%) et de faible taux de l’allaitement maternel exclusif (12%), le Programme « Alimentaire infantile » financé par DANONE, est une étude des styles alimentaires orientée vers la définition d’une stratégie de lutte contre la carence en fer chez l’enfant en milieu urbain et semi-urbain ivoirien.

L’objectif du programme est de comprendre l’évolution des styles alimentaires de ces enfants et les facteurs explicatifs des changements de régime qui affectent les formes de malnutrition, selon les catégories socioéconomiques.

L’analyse de la portée symbolique de l’alimentation dans le sillon de la Food Ethics est en cours (2017).

Source de financement : Danone-France.

Équipe : Gisèle Sedia, Gisèle Kouakou, Lazare Poamé, Francis Akindès

            L’étude se poursuit avec l’équipe conduite par Lazare Poamé sur la portée symbolique de l’alimentation dans le sillon de l’éthique de l’alimentation (analyse en cours (2017).

En Côte d’Ivoire, le phénomène des grossesses en milieu scolaire a pris des propositions inquiétantes ces trois dernières années. Rien que sur l’année scolaire 2012-2013, 5076 cas de grossesse ont été enregistrés dans l’ensemble des établissements scolaires dont 1137 à l’école primaire et 3939 au niveau secondaire. Cette situation apparait comme un obstacle au maintien des filles dans le cursus scolaire. De ce fait, elle nuit gravement aux taux d’achèvement des cycles d’étude dont les niveaux restent faibles et problématiques.

Aussi, les filles sont-elles plus susceptibles de quitter l’école par rapport aux garçons. Plusieurs facteurs concourent aux échecs scolaires des filles. Il s’agit entre autres :

  • Des grossesses précoces constatées majoritairement chez les filles de 11-15 ans (77%). Les résultats de l’Enquête Démographique et de Santé (EDS-CI 2012) montrent en effet que 30% des filles de 15-19 ans ont déjà été enceintes contribuant ainsi pour 13% à la fécondité générale en Côte d’Ivoire ;
  • Des mariages précoces pour lesquels, selon l’EDS-CI de 2012, environ 36% des femmes vivant en union l’ont été avant l’âge légal fixé à 18 ans. Les jeunes filles de moins de 15 ans sont concernées à hauteur de 12%.

À ces facteurs de régression, il faut rajouter d’importantes disparités au détriment des petites filles et des adolescentes, lesquelles justifient que la problématique des grossesses précoces fasse l’objet d’une attention particulière eu plan social et politique.

Face à ce défi de grossesse précoces, l’État de Côte d’Ivoire, à travers le Ministère de l’Education Nationale MEN), avec l’appui technique et financier de l’UNFPA, a réagi en mettant en place un plan accéléré de réduction des grossesses à l’école pour deux années expérimentales (2013-2015). Une « Campagne zéro grossesse à l’école », initiée pour soutenir l’exécution dudit plan, a été lancée le 28 février 2014 à Bondoukou.

Cependant, selon les termes de référence, si l’EDS-CI 2012 s’est penchée sur la fécondité des adolescentes et les pratiques sexuelles en milieu jeune, il faut noter qu’il n’existe pas encore une étude spécifique pour cerner de façon exhaustive l’ampleur du phénomène des grossesses en milieu scolaire et les raisons sociales profondes qui expliqueraient sa persistance dans certaines zones du pays, malgré les interventions visant à l’éradiquer.

L’objectif principal de la présente étude est de mieux cerner le phénomène et de proposer des stratégies pertinents de prévention. Pour ce faire, elle devra plus spécifiquement :

  • Déterminer l’ampleur des grossesses précoces dans les zones étudiées (BONDOUKOU, DALOA, YAMOUSSOUKRO, ET ABIDJAN) en s’appuyant sur le recueil des statistiques des trois dernières années scolaires.
  • Rechercher les caractéristiques sociodémographiques des auteurs de grossesses précoces.
  • Identifier les catégories sociodémographique des auteurs de grossesses précoces
  • Faire une analyse profonde des facteurs déterminant les grossesses précoces en milieu scolaire.
  • Identifier les conséquences des grossesses précoces à l’école.
  • Proposer des stratégies de prévention et de prise en charge des grossesses scolaires.
  • Inscrire dans la durabilité les stratégies esquissées en les enracinant dans le principe de respect de la vulnérabilité tel qu’énoncé dans la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme

Source de financement : Banque mondiale/ Ministère de l’Education Nationale

Equipe : Francis Akindès, Lazare Poamé, Eliane Edoun, Gisèle Sedia, Marcelline Soro, Mathieu Obou Tchétché

L’Afrique de l’ouest a connu actuellement une épidémie de Maladie à Virus Ebola (MVE) considéré comme la plus meurtrière depuis que ce virus a été découvert en 1976. Déclarée en mars 2014 en Guinée, l’épidémie s’est propagée au Libéria, en Sierra Léone, au Nigeria, au Sénégal, au Mali. A la date du 02 décembre 2015, un total de 28637 cas a été notifiés dans le rapport de l’OMS relatif à l’épidémie, avec des résurgences en novembre 2015 en guinée et au Libéria. Cette épidémie aurait tué au total 11315 personnes. Par son ampleur sans précédent, la MVE est devenue une priorité mondiale.

            Néanmoins, aucun cas avéré de Maladie à Virus Ebola n’a été diagnostiqué en Côte d’Ivoire. Cependant, le pays a vécu sous la menace de l’épidémie du fait de ses frontières communes avec la Guinée et le Libéria. Face à la menace épidémique, le gouvernement a mis en œuvre une politique de riposte multisectorielle, décentralisée et ciblée, coordonnée par le Comité National de Lutte contre la Maladie à Virus Ebola mis en place dans le courant des mois de juillet et août 2014, avec création de plusieurs sous-comités. Ce Comité a pris des mesures qui visaient à protéger toutes les populations, en particulier celles qui sont les plus vulnérables et/ou plus exposées (personnels de pompes funèbres, enfants et adolescents, femmes, etc.).

            Le contexte de crainte de l’épidémie qui a prévalu durant des mois a engendré une épidémie rumorale dont il convenait de comprendre les fondements et les logiques. Car ces rumeurs et ces légendes pouvaient poser un problème de confiance pouvant influer sur le fonctionnement et l’efficacité des dispositifs de prévention et de prise en charge mis en place.

            Le programme Ebo-Ci (Ebola et la Côte d’Ivoire) a engagé des activités de recherche sur la question des rumeurs et des bruits autour d’Ebola, mais également sur les perceptions, les pratiques et les discours autour des mesures de prévention et de prise en charge des cas suspects.

            L’objectif du programme EBO-CI était, à partir d’une grille d’analyse des comportements sociaux face au risque de la MVE, de contribuer à l’amélioration de la politique de communication et du dispositif de prévention et de prise en charge face à la MVE en particulier et aux épidémies en général.

            Dans le cadre de la présente étude, il s’agit plus spécifiquement :

  1. i) d’analyser les rumeurs et les bruit collectés ;
  2. ii) de comprendre comment a fonctionné le dispositif de prévention par rapport au traitement des cadavres, à la consommation de la viande brousse et à la surveillance aux frontières ;

iii) de procéder à une analyse socio-anthropologique de la prise en charge des « cas suspects ».

Pour atteindre ces objectifs, un dispositif d’enquête a été mis en place. Ce dispositif comprenait trois parties :

  • Une revue de presse dont l’objectif est de savoir comment et sur quoi la presse en Côte d’Ivoire a communiqué dans la phase cruciale de l’épidémie dans la sous-région du mars 2014 à juin 2015 (financement IRD & Aviesan).
  • Une collecte de données basée sur des grilles d’entretien dédiés aux trois thématiques du programme : (i) Rumeurs et légendes ; (ii) vécu de mesures préventives (viande de brousse, rites funéraires, surveillance aux frontières) ; (iii) prise en charge de cas suspects. A cet effet, des entretiens individuels, de groupe et des entretiens collectifs ont été organisés.
  • Au plan de la bioéthique, quels principes spéculatifs tout ce dispositif implique-t-il en termes de dignité humaine, de non-discrimination et non stigmatisation ?

Source de financement : Unicef, Expertise France, IRD (Institut de Recherche pour le Développement), Aviesan

Equipe : Roseline Gbocho N’da, Marc Egrot (IRD), Lazare Poamé, Francis Akindès.

            Ce programme se poursuit avec la thématique suivante : Bioéthique et gouvernance des risque épidémiques dans l’espace culturel ouest-africain.

Chercheurs : Lazare Poamé, Pierre Anderdou Kablan

Programmes de recherche en cours d’exécution

Ce programme est inscrit dans la thématique générale « Risques sur la santé et réponse humanitaire dans les pays du sud »  du Fond Croix-Rouge Française. Cette thématique de recherche se veut une contribution aux stratégies sanitaires visant à assurer un développement durable de la santé, améliorer l’accès à des soins de santé et un suivi médical de qualité pour les vulnérables (femmes enceintes et nouveau-nés, populations isolées en zones rurales, personnes handicapées, enfants abandonnés ou vulnérables, jeunes en rupture sociale, personnes atteintes de maladies graves ou négligées…) (cf.www.fondcrf.org)

            Le programme « accompagnement bénévole de la fin de vie des enfants en Côte d’Ivoire : le care saisi sous l’angle du don » questionne le (s) rôle (s) assigné (s) aux bénévoles spécifique des enfants. Elle a pour ambition d’analyser le modèle d’accompagnement de fin de vie des enfants par les bénévoles. Il s’agit de montrer comment se construit socialement l’accompagnement de fin de vie dans la population à l’étude. Dans ce cadre, le care, présenté comme un marché social offrant des soins relationnels, fait intervenir des actions conjuguées de professionnels de santé et de bénévoles. Toutefois, les pratiques/prestations de services sociaux de cette dernière catégorie d’acteurs, à savoir les bénévoles, sont occultés quoique jouant un rôle important dans l’accompagnement de fin de vie. Cette étude vise donc à répondre aux interrogations suivantes :

  • Quel est le profil des bénévoles exerçant auprès des enfants malades et sur la base de quelles compétences organisent-ils les stratégies du care ?
  • Comment négocient-ils la place qui leur est dévolue dans leur pratique du don de soins relationnels et s’adaptent-ils aux différents contextes d’interaction ?
  • Qu’est-ce qui différencie les bénévoles des professionnels de santé en matière d’accompagnement des patients ?
  • Quelle doit être la spécificité de l’éthique du care dans la prise en charge des personnes mineures, ces patients incapables de donner leur consentement ?

Source de financement : Fonds Croix-Rouge Française – Fonds AXA-Institut de Recherche pour le développement (IRD)

Equipe : Roseline N’da, Sandrine Larissa Magne Malan, Lazare Poamé.

La Côte d’Ivoire RIF&piC (rituels funéraires et épidémies en Côte d’Ivoire résulte du programme Ebo-CI (Ebola et la Côte d’Ivoire). Son objectif global est de comprendre les rituels funéraires pour mieux éclairer les stratégies de prévention contre des épidémies en Côte d’Ivoire. Ce programme s’inscrit dans la déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme. Il se décline en 3 principaux axes :

Axe 1 : anthropologie des rituels funéraires
            Il vise à décrire les rituels funéraires, en Côte d’Ivoire, et analyser leurs significations sociales

Axe 2 : socio-économie des funérailles
            Il vise à analyser les transactions socio-économiques dans les rituels funéraires en Côte d’Ivoire

Axe 3 : dimension politique et juridique des funérailles
            Il vise à comprendre le droit applicable aux morts et identifier la responsabilité juridique du fait du cadavre ainsi que les usages politiques des faits funéraires en Côte d’Ivoire.

Les résultats attendus sont les suivants :
            i) Des catégories de rituels funéraires perçues par les populations comme des impératifs socioculturels sont connues et analysées ;
            ii) Des significations sociales des formes de contact dans les rituels funéraires sont analysées ;
            iii) Les formes de résilience et d’adaptation face à la mort, existant dans les cultures sont connues et proposées à la santé publique ;
            iv) Les formes de transactions économiques dans les pratiques funéraires susceptibles d’interférer avec les mesures préventives sont identifiées et analysées

            v) Les usages politiques et juridiques des faits funéraires, pouvant entraver les stratégies de riposte sont connus et analysés.
            vi) Respect de la diversité culturelle et du pluralisme.

Source de financement : IRD (Institut de Recherche pour le Développement) à travers la JEAI (Jeune Equipe Associé à l’IRD)

Equipe : MM. Francis Akindès, Silué Nanga, Zina Ousmane, Kouadio M’bra Kouakou Dieu-donné, Kouadio Firmin Kra, Julienne Anoko, Isabelle Amani, Amorofi Yannick Anicet, Ange Balé Gbraguhé, Aimé N’goya, Guy Pacôme Adingra,  Marc Egrot, Florence Fournet.

Ce projet porte sur le processus de construction de l’Etat en période de conflit armé et en situation post-conflit. Il vise une explication des stratégies mises en place par les mouvements armés pour légitimer leur existence, institutionnaliser leur pourvoir militaire et domination politique dans le cadre de la formation de l’Etat. Contrairement aux travaux sur la gouvernance rebelle qui portent principalement sur la vie des mouvement armés durant un conflit et leur transformation en partis politiques dans l’après-guerre, cette recherche adopte une perspective plus large en interrogeant les continuités et/ou discontinuités entre les ordres établis pendant la gouvernance rebelle et la (re) construction post-conflits de l’Etat. S’appuyant sur une conception wébérienne des ordres politiques en tant que passage du pourvoir brut à la domination, cette étude questionne la construction sociale de la légitimité dans les zones sous contrôle rebelle pendant le conflit, et en lien avec la formation de l’Etat durant le post-conflit. Basé sur une anthropologie politique de la gouvernance et des pratiques de l’Etat dans trois pays différents (Angola, Côte d’Ivoire, Sud-Soudan), ce projet fournit des connaissances empiriques et théoriques sur la formation de l’Etat en Afrique dans les contextes de consolidation de la paix.

            C’est dans ce programme général que s’inscrit l’étude ivoirienne portant sur la transition sécuritaire dans la reconstruction de l’Etat en Côte d’Ivoire.

            Suite à deux décennies de crise militaro-politique, l’Etat tente de restaurer son autorité, notamment sur l’armée, qui a connu un double mouvement de transformation. Primo, elle s’est décomposée au déclenchement de la rébellion de 2002 pour donner naissance à deux forces antagonistes : les Forces Nouvelles (bras militaire de rébellion) et les Forces de Défense et de Sécurité (FDS), restées loyalistes et fidèles au régime de Laurent Gbagbo. Secundo, durant la crise post-électorale de 2010-2011, elle s’est recomposée au gré des rapports de forces politiques et militaires du moment pour se constituer en Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), une fusion de fait des ex-Forces Nouvelle et des ex-FDS. Ainsi, pour reconquérir sa légitimité dans ce domaine, la Côte d’Ivoire a mis en place un processus Désarmement, Démobilisation, Réintégration (DDR) et procédé à la réforme du secteur de la sécurité. En appliquant cette approche libérale de la reconstruction « post conflit » de l’armée, le pays a connu une amélioration de l’indice de sécurité qui a d’ailleurs servi à la promotion de la croissance économique dans le cadre de la relance économique. Mais, un peu plus de cinq années, la configuration hétéroclite actuelle et sa forte politisation se révèle de plus en plus comme une source d’insécurité. Pourquoi ?  

            Depuis 2014, le front militaro-politique a ressurgi en refaisant parler de lui. L’armée est de nouveau confrontée à des mutineries de soldats qui revendiquent et se font payer des primes pourtant jugées « irrégulière ». Des ex-combattants, s’estimant mal «démobilisés » pour n’avoir pas reçu de l’Etat autant d’argent que les soldats mutinés, s’organisent malgré le fait qu’ils en soient politiquement dissuadés et promettent des agitations, source de psychose. Tous ces facteurs contribuent à faire chuter l’indice de sécurité que l’armée est pourtant censée contribuer à améliorer. Avec ce visage de faiseur d’ordre et de désordre, l’armée ivoirienne se présente comme le centre névralgique du processus de consolidation de la paix et le paradoxe d’une transition sociopolitique et sécuritaire encore fragile. Comment alors expliquer ce paradoxe ? La réponse à cette interrogation nous conduira, dans le cadre de cette recherche, à questionner la transition sécuritaire comme un « champ de possibilités » (Brayart, 1990) en l’analysant par une triple entrée : (i) à travers l’effort de reconstruction de l’appareil sécuritaire de l’Etat « par le haut », ce qui nous amènera à nous intéresser à la logique de la réforme de l’armée et à la production de l’indice de sécurité amélioré selon l’Etat ; (ii) et « par le bas », ce qui nous conduira à comprendre les articulations et/ou les désarticulations entre l’offre publique de politique sécuritaire et les mouvement d’humeur, les logiques des soldats et des ex-combattants « démobilisés ». De haut en bas et de bas en haut, nous examinerons les problèmes éthiques qui en résultent.

Source de financement : Swiss Network of International Studies (SNIS)

Equipe : Ousmane Zina, Francis Akindès

La médecine classique ou traditionnelle, dans ses modalités structurelles et fonctionnelles, est confrontée aujourd’hui à de nombreux défis dont les significatifs se déclinent en termes d’égal accès aux soins, de forte croissance de la demande de soins ou de décloisonnement des systèmes de santé.

            Pour surmonter ces nouveaux défis, les professionnels de santé ont mis à profit l’extraordinaire développement des TIC en les introduisant aussi bien dans la réalisation des actes médicaux que dans les offres de services de santé. Cette imbrication des TIC dans le domaine médical a donné lieu à une nouvelle pratique médicale connue sous le nom de télémédecine. Elle est la réalisation des soins médicaux à distance et vise à mettre en place un nouveau modèle organisationnel des soins et services de santé grâce aux TIC et impliquant tous les acteurs.

            Cette perspective se présente comme une aubaine pour l’Afrique dont les systèmes de santé s’illustrent par un manque criard de médecins et de spécialistes et un isolement médical des zones rurales. Mais, la télémédecine, reposant sur une bonne connectivité à l’internet et une responsabilité éthique accrue, a-t-elle un réel avenir dans un contexte africain marqué par une hypoconnectivité et confronté à des défis éthiques majeurs ? En d’autres termes, au-delà des problèmes liés à la faiblesse du débit de la connexion et de l’isolement numérique des zones rurales, comment gérer éthiquement les nouvelles responsabilités du médecin et des praticiens dans une médecine qui se pratique essentiellement à distance ? Comment surmonter les réticences psychoculturelles des patients face à la médiation technologique ? Dans des cultures africaines où la pudeur est de mise, comment gérer l’exposition de la nudité du patient à des regards multiples (regards de part et d’autre de la caméra) dans le cadre, par exemple, d’une téléconsultation gynécologique ou andrologique ?

            Cette contribution, tout en soulignant les acquis médico-sociaux évidents de la télémédecine, met en relief les défis éthiques liés à son développement et à ses pratiques en Afrique.

Chercheurs : Lazare Poamé, Tiéba Karamoko

En dépit des  efforts des organisations internationales (Organisation des Nations Unies, Unité Africaine, Organisation Mondiale de la Santé, UNESCO, UNICEF, GIERA) en faveur des minorités sociales, des personnes vulnérables et de la promotion du genre, les stigmatisations et les rejets des femmes, en lien avec la stérilité conjugale, persistent en Afrique  les réflexes socioculturels, tenant les femmes pour seules responsables de la stérilité conjugale, ne disparaissent pas malgré l’évolution des connaissances scientifique et des nouvelles technologiques de reproduction. Pis, dans le tourbillon des banalisations  généralisées, les mentalités sexistes, arrimée à des croyances socioculturelles et religieuses, agissent, dans le sens d’un refus des solutions qu’offrent les technologies biomédicales ; en témoignent les  rejets constitutionnels de la gestation pour autrui(GPA) et de l’insémination artificielle(IA) voire de la procréation médicalement assistée(PMA) par plusieurs pays Africains, dont la République de côte d’ivoire.

            A l’image des autres   Etats africains, la République de Côte d’Ivoire est traversée par un paradoxe pré-judiciaire aux femmes dites stériles. En effet, les communautés  humaines, héritières des valeurs socioculturelles ou religieuses, accordent  une importance capitale à la procréation, « car l’enfant  est le bien le plus cher de tout ce qu’on peut vouloir en ce monde ». Dans cette perspective,  les communautés ivoiriennes  perçoivent en la femme une mère, un être « né pour  procréer ».

Ainsi, tout dysfonctionnement dans le processus  procréation lui est entièrement imputé au paint d’en faire une sorcière, une maudite une paria. « A la femme sans maternité manque plus que la moitié de sa féminité ». La féminisation de la stérilité stipule que la femme soit l’unique responsable de l’infertilité. C’est pour cette raison qu’elle est érigée en actrice principale de la recherche de solutions à la stérile du couple. Stigmatisée, bannie et humiliée, la femme dite stérile s’en remet soit à la religion, soit à la tradi-médecine, soit à la médecine moderne fortement technisée. Le regard que l’opinion porte sur la femme stérile est si dégradant que les victimes n’osent pas en parler publiquement. « En Afrique elle (l’infertilité) n’est pas seulement un problème du couple, mais un problème de famille difficilement toléré par la société ». 

Cependant, si les pratiques procréatives de la tradi-médicine sont approuvées et recommandées, celles de la médicine moderne qui ont recours aux technologies biomédicales de pointe sont désapprouvées. Ainsi, des techniques de la procréation Médicalement Assistée (PMA), notamment l’Insémination Artificielle avec donneur anonyme, l’insémination post mortem, la Gestation Pour Autrui (GPA) sont dites artificielles, immorales et condamnées. Dès lors, l’insertion de ces techniques dans la procréation ne semble pas être un axe prioritaire pour le Gouvernement ivoirien, comparativement au planning familial qui fait l’objet de promotion constante. Et c’est à ce niveau précis que réside le paradoxe ivoirien : au moment où la société rejette sans compassion la femme dite stérile, elle lui interdit les solution biotechnologiques capables de lui redonner sa dignité et son humanité.

Comment surmonter un tel paradoxe frustrant et résoudre la crise socioéthique induite par le rejet des femmes dites stériles ? Cette interrogation, fondamentale et essentielle, dévoile l’importance et les intérêts de ce projet de recherche dont l’une des finalités est d’apporter une réponse bioéthique capable de réorienter les consciences et les mentalités (encore victimes des pesanteurs socioculturelles et des préjugés sexistes) vers le respect des droits et de la dignité des femmes.

Face à ce refus (des solutions biotechnologiques et palliatives) qui perpétue la victimisation, le mépris, la stigmatisation et le rejet des femmes dites stériles en Côte d’Ivoire, des chercheurs de la Chaire Unesco de Bioéthique de l’Université Alassane Ouattara souhaitent élaborer une matrice bioéthique. L’insertion de celle-ci dans les processus d’éducation de la jeunesse et de formation continue permettra de reformater les consciences et les mentalités, en vue d’une part et d’une acceptation responsable, sélective et conditionnée des solutions biotechnologiques d’autre part.

Chercheurs : Marcel Kouassi, Victorien Kouadio Ekpo

RECHERCHE FONDAMENTALE

            La dynamique de l’impact des activités anthropiques sur la structure et le fonctionnement du système terrestre, selon les scientifiques, a transformé l’homme en une force d’une ampleur éminemment tellurique qui a fait entrer l’humanité dans une nouvelle ère géologique appelée « Anthropocène ». Considérée comme le résultat des effets excessifs de l’action humaine, causes du dérèglement écologique global, l’Anthropocène est à la fois la période qui consacre le triomphe de l’Homme sur l’Univers et celle d’une aventure de l’humanité source d’incertitude et d’inquiétude. La réflexion éthique sur l’Anthropocène a pour but non seulement de mettre en évidence les objectifs et les enjeux de ce concept nouveau dans la sphère de la connaissance, mais surtout de contribuer de façon significative à la recherche de solutions durables à ce phénomène qui menace l’avenir de l’humanité.

Chercheurs : Lazare Poamé, Traoré Grégoire.

Tissant leurs toiles économiques dans des logiques protectionnistes exclusives, les grandes puissances en sont parvenues à une mondialisation-globalisation peu soucieuse de la solidarité anthropocosmique. Pour l’homo éconimicus moderne, le bien-être étant subordonné à la croissance et à la performance économique nationale, les préoccupations environnementales mondiales peuvent être reléguées au second plan. Pis, face à la concurrence économique mondiale actuelle, tous les investissements dans les stratégies internationales de protection de l’environnement lui apparaissent comme un luxe à éviter.

            Réfutant cette conception économique anthropocentrée qui sacrifie les préoccupations environnementales sur l’autel des grands enjeux de la croissance économique nationale, nous examinons, dans cette communication, l’urgence et la nécessité d’une réhabilitation de la conscience universelle protectrice de l’environnement et de la solidarité anthropocosmique, à partir de quatre idées fondamentales :

  1. Comme Sisyphe, les efforts de l’économie anthropocentrée peuvent être ruinés par les effets dévastateurs de l’accentuation du changement climatique générée.
  2. Le non-respect de la solidarité anthropocosmique, au profit des industries polluantes, imposera toujours aux Etats la création de nouveau mégas structures de dépollution très onéreux.
  3. La rupture de solidarité anthropocosmique, impliquant la fin de la solidarité intergénérationnelle et la dégradation des conditions de vie sur terre, l’économie anthropocentrée est éthiquement irresponsable.
  4. À l’ère anthropocémique, il est impératif de recourir à la Bioéthique environnementale pour co-construire une éco-éducation universelle.

Chercheur : Marcel N’dri Kouassi

La biomédicalisation de la perfectibilité de la nature humaine, dans le prolongement du triomphal culte du mérite, bouleverse des réquisits fonctionnels de la justice sociale. Aujourd’hui, plus que jamais, des valeurs incarnées par le mérite et la justice sociale sonr mises à l’épreuve par la médecine de l’amélioration qui fait incursion au sein des repères traditionnels qui les structuraient.

            La biomédicalisation de la perfectibilité de la nature humaine, avec ses perspectives d’eugénisme, de dopage et ses effets secondaires sur la santé, n’est pas toujours cancérigène pour le mérite et la justice sociale. La question du mérite et celle de la justice sociale, sous la clairière de la perfectibilité biomédicale de la nature humaine, doivent être accompagnées d’une éthique et traitées de façon inclusives de sorte que la biomédecine y trouve sa place, sans pour autant banaliser la dignité et la dimension sociale de l’humain.